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Financement, les lacunes qui freinent nos startups

venture capital

La Silicon Valley est un lieu mythique pour quiconque s’intéresse à l’entrepreneuriat et aux startups. Maintes fois copié, jamais égalé, l’écosystème qui s’est développé en Californie semble unique et difficilement duplicable ailleurs. Mais sans vouloir l’imiter, on peut en tirer de riches enseignements. 

Une idée ne vaut rien si elle n’est pas portée par un entrepreneur, mais elle ne vaut pas beaucoup plus si celui-ci n’a pas les moyens de la mettre en oeuvre. Le financement joue un rôle fondamental dans un écosystème et c’est justement l’une des différences principales entre les Etats-Unis et l’Europe.

On le voit dans le classement élaboré par The Gobal Start-up Ecosystem Ranking, la France n’occupe que la 11ème place mondiale des systèmes d’innovation et seulement la 13 ème place pour le « Funding » :

lassement The Global Startup Ecosystem Ranking

Les écarts sont importants et expliquent une partie de notre retard. Rien qu’en 2017, ce sont 57 nouvelles startups (sur un total de 227 licornes recensées) qui ont dépassé une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars et atteint le stade de Licorne ! La Chine et les US largement dominantes. L’Europe à la traine.

startup valorisées plus d'un milliard en 2017

Dans ce billet, je vais expliquer pourquoi nous avons des lacunes au niveau du financement de nos startups.


Insuffisance de capital

Les tours de financement sont plus petits en Europe, les fonds de capital-rique poussent en général pour une approche plus contrôlée, plus lente. L’investissement en capital-risque rapporté au PIB, est près de dix fois supérieur aux USA qu’en France :

investissement en capital risque startup


Insuffisance des investisseurs « longs »

Pour faire un champion du numérique, il faut au minimum 10 ans. Pourtant, hormis la BPI, nous n’avons pas en France des investisseurs capables d’investir sur des temps aussi longs.

Aux Etats-Unis, les University Endowments et surtout, il y a  les caisses de retraites par capitalisation qui investissent 10 à 15% de leurs actifs dans le non côté dont un quart dans le capital-risque. Par comparaison, les quelques caisses de retraite française par capitalisation sont très petites et les gérants de la principale épargne longue des français (assurance-vie) ont dans leur bilan environ 0,4% de non-côté dont « presque rien » en capital-innovation.


Insuffisance des Business Angels

Les Business Angels sont des acteurs essentiels quant au financement des startups surtout en phase early stage et il y en a beaucoup plus aux USA. Là-bas, il existe une véritable communauté de business angels qui sont capables de réunir des tours de table de plusieurs millions de dollars, ce qui est très rare en Europe.

Pour vous donner une idée, la France comptait en 2015, d’après France Angels (la fédération des réseaux des Business Angles), 10 000 Business Angels qui ont réalisé 386 opérations pour un montant de près de 40 millions. C’est peu. L’investissement moyen, d’un BA français est 2 fois moins important qu’un BA anglais et 2.5 fois moins important qu’un BA allemand comme on peut le constater dans le tableau élaboré par European Business Angel Network :

Statistics compendium, European Business Angels Network

Parmi les 30 business angels français les plus importants, on retrouve : Xavier Niel, Michel de Guilhermier, Pierre-Edouard Stérin.


Des accélérateurs encore jeunes 

Aux USA, 3 accélérateurs (Y Combinator, Techstars et 500 startups) sont associés à près de 10% des levées de fonds en série A en 2016 contre 5% en 2012. Cette année en France, l’ouverture de Station F et la maturité de certains accélérateurs (50 Parteners, Numa, The Family..) doit permettre le même phénomène sur notre territoire où seules une dizaine d’organisations sont au cœur de l’accompagnement des principales pépites françaises

Cette concentration est renforcée par des effets de réseaux et le rôle déterminant de certains entrepreneurs à succès qui s’engagent pour aider les nouvelles générations. Aux USA, la « Paypal mafia » a joué un rôle déterminant en accompagnant les Facebook, Youtube, Yahoo, Evernote et autres Linkedin… On observe en France, dans une moindre mesure, ce même phénomène avec  Marc Simonci, Frédéric Mazzella ou encore Xavier Niel. Les startups ont besoin de mentors, des personnes qui montrent la voie à suivre.


Difficulté à la sortie

L’investisseur investit toujours dans l’optique de retrouver un jour son argent et surtout de faire une belle plus-value. L’investisseur peut sortir a condition de pouvoir vendre ses parts, par exemple lorsque l’entreprise est vendue où lorsqu’elle entre en bourse. Si l’investisseur sait qu’il aura du mal à sortir de l’entreprise, il peut ne pas intervenir ou intervenir mais avec un apport diminué. Il faut donc un marché français suffisamment efficient. Le problème est que nos pépites tombent très souvent dans l’escarcelle de géants étrangers et souvent américains. Les grands groupes français sont trop frileux, ils ne prennent pas suffisamment de risques. Les américains eux ne s’en privent pas comme on peut le voir sur l’image illustrative piochée dans le magazine L’Expansion;

douze start-up innovantes passées sous le pavillon étranger


Des performances inférieures à la moyenne européenne

Avec un TRI net moyen du capital-risque sur 10 ans de – 0.2 % à fin 2013 pour les entreprises françaises contre 1.68% pour la moyenne européenne, les startups françaises seraient tout simplement moins performantes et donc moins attractives.


L’intervention publique manque d’efficacité et d’efficience

Contrairement aux USA, les entreprises françaises qui connaissent le succès ne ré-investissent pas dans les jeunes pousses. C’est une grande lacune, car au delà de l’argent qu’elle pourrait apporter massivement, ce sont leurs compétences d’entrepreneur qui ne sont pas transmis. En fait, en France, les entrepreneurs qui ont réussi ont tendances à partir à l’étranger. Double peine pour l’économie française donc.

Les universités ne participent pas non plus suffisamment à la structuration de l’écosystème, elles sont encore trop éloignées du monde de l’entrepreneuriat. Elles ont pourtant une grande légitimité à participer au financement de l’innovation. Combien d’université possède son propre incubateur? Aux USA, elles ont plus de moyens et elles sont très en liens avec les PME avec des mécanismes de transferts de technologie plus efficaces. Mais bien au delà, c’est toute la culture entrepreneuriale qui n’est pas diffusée en France dans ces lieux d’enseignement.


Sources:

Rapport Jean Tirole :  http://bit.ly/29KZmke

The Gobal Start-up Ecosystem Ranking : http://bit.ly/1IpZ8Mb

Les performances des entreprises françaises : http://bit.ly/2ayh7qS

Capital risque en pourcentage du PIB : http://bit.ly/2CCdSgc

La French Tech a t-elle un maillot de bain ? : http://bit.ly/2Dm5EoK

2 réflexions au sujet de « Financement, les lacunes qui freinent nos startups »

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