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Capital risque français : les lacunes qui freinent nos startups

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Il y a peu d’endroits au monde où les malentendus sur le capitalisme, le travail et la finance sont aussi tenaces qu’en France. On dit que l’argent est le nerf de la guerre, c’est aussi le nerf des entreprises et donc le moteur de la vie économique. Aussi, on résume souvent un projet entrepreneurial à une idée, la réalité est plus complexe : une idée vaut peu de chose si elle n’est pas portée par un entrepreneur et si elle n’est pas financée et accompagnée par le capital risque que sont les business angels et les fonds d’investissement. 

Jean Tirole et le Conseil d’analyse Économique ont récemment publié une note qui pointe les 5 faiblesses du capital risque en France. Dans ce billet, je vais tenter de synthétiser ces lacunes qui freinent la création et le développement de nos startups.


Un déficit d’attractivité de la place française

La France n’est pas suffisamment attractive pour l’implantation des startups à cause notamment de la règlementation du travail, le risque perçu d’interventions publiques « anti-business », la fiscalité ou encore le manque d’internationalisation de la place parisienne. En effet, la France n’occupe que la 11ème place mondiale des systèmes d’innovation comme le révèle le classement élaboré par The Gobal Start-up Ecosystem Ranking:

lassement The Global Startup Ecosystem Ranking


Insuffisance des Business Angels

Nous l’avons vu dans un précédent post, les Business Angels sont des acteurs essentiels quant au financement des startups surtout en phase d’amorçage. D’après France Angels (la fédération des réseaux des Business Angles), la France comptait, en 2015, 10 000 Business Angels qui ont réalisé 386 opérations pour un montant de près de 40 millions. C’est peu. L’investissement moyen, d’un BA français est 2 fois moins important qu’un BA anglais et 2.5 fois moins important qu’un BA allemand comme on peut le constater dans le tableau élaboré par European Business Angel Network :

Statistics compendium, European Business Angels Network

 

Parmi les 30 business angels français les plus importants, on retrouve : Xavier Niel, Michel de Guilhermier, Pierre-Edouard Stérin.


Des accélérateurs encore jeunes 

Aux USA, 3 accélérateurs (Y Combinator, Techstars et 500 startups) sont associés à près de 10% des levées de fonds en série A en 2016 contre 5% en 2012. Cette année en France, l’ouverture de Station F et la maturité de certains accélérateurs (50 Parteners, Numa, The Family..) doit permettre le même phénomène sur notre territoire où seules une dizaine d’organisations sont au cœur de l’accompagnement des principales pépites françaises

Cette concentration est renforcée par des effets de réseaux et le rôle déterminant de certains entrepreneurs à succès qui s’engagent pour aider les nouvelles générations. Aux USA, la « Paypal mafia » a joué un rôle déterminant en accompagnant les Facebook, Youtube, Yahoo, Evernote et autres Linkedin… On observe en France, dans une moindre mesure, ce même phénomène avec  Marc Simonci, Frédéric Mazzella ou encore Xavier Niel. Les startups ont besoin de mentors, des personnes qui montrent la voie à suivre.


Difficulté à la sortie

L’investisseur investit toujours dans l’optique de retrouver un jour son argent et surtout de faire une belle plus-value. L’investisseur peut sortir a condition de pouvoir vendre ses parts, par exemple lorsque l’entreprise est vendue où lorsqu’elle entre en bourse. Si l’investisseur sait qu’il aura du mal à sortir de l’entreprise, il peut ne pas intervenir ou intervenir mais avec un apport diminué. Il faut donc un marché français suffisamment efficient. Le problème est que nos pépites tombent très souvent dans l’escarcelle de géants étrangers et souvent américains. Les grands groupes français sont trop frileux, ils ne prennent pas suffisamment de risques. Les américains eux ne s’en privent pas comme on peut le voir sur l’image illustrative piochée dans le magazine L’Expansion;

douze start-up innovantes passées sous le pavillon étranger


Des performances inférieures à la moyenne européenne

Avec un TRI net moyen du capital-risque sur 10 ans de – 0.2 % à fin 2013 pour les entreprises françaises contre 1.68% pour la moyenne européenne, les startups françaises seraient tout simplement moins performantes et donc moins attractives.


L’intervention publique manque d’efficacité et d’efficience

Contrairement aux USA, les entreprises françaises qui connaissent le succès ne ré-investissent pas dans les jeunes pousses. C’est une grande lacune, car au delà de l’argent qu’elle pourrait apporter massivement, ce sont leurs compétences d’entrepreneur qui ne sont pas transmis. En fait, en France, les entrepreneurs qui ont réussi ont tendances à partir à l’étranger. Double peine pour l’économie française donc.

Les universités ne participent pas non plus suffisamment à la structuration de l’écosystème, elles sont encore trop éloignées du monde de l’entrepreneuriat. Elles ont pourtant une grande légitimité à participer au financement de l’innovation. Combien d’université possède son propre incubateur? Aux USA, elles ont plus de moyens et elles sont très en liens avec les PME avec des mécanismes de transferts de technologie plus efficaces. Mais bien au delà, c’est toute la culture entrepreneuriale qui n’est pas diffusée en France dans ces lieux d’enseignement.


Sources:

Rapport Jean Tirole :  http://bit.ly/29KZmke

The Gobal Start-up Ecosystem Ranking : http://bit.ly/1IpZ8Mb

Les performances des entreprises françaises : http://bit.ly/2ayh7qS

Une réflexion au sujet de « Capital risque français : les lacunes qui freinent nos startups »

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