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Créer une startup, c’est devenu facile.

Lorsque l’on se met à compter les chewing-gums sur le trottoir, on en trouve un, puis deux…. et très vite on s’aperçoit qu’il en est recouvert. Pour les startups, c’est pareil. Le mot est sur toutes les lèvres, dans tous les articles de la presse spécialisée. Et pourtant, peu de gens savent  ce qu’est réellement une startup. A force de storytelling et de raccourcis, les entrepreneurs sont de plus en plus confiants et de moins en moins préparés. Une douce illusion s’est installée parmi nous : créer une startup serait chose facile.

J’ai vu trop de personnes toquer à la porte avec « 2 500 euros, un copain et une bonne idée de réseau social ». Alors il faut le rappeler, le répéter : Entreprendre c’est difficile. Entreprendre nécessite un effort colossal, une puissante énergie. Et la plupart du temps les efforts ne sont pas récompensés. Sur dix starturpers qui ont investi leur argent, dépensé des mois voire des années d’énergie, passé des nuits d’insomnies, oublié l’anniversaire de leurs amis ou famille, neuf de ces starturpers finissent par abandonner. Statistiquement, créer une startup c’est se donner 9 chances sur 10 de finir au fossé.

Dans cet article, il ne s’agit ni de hisser la startup sur un piédestal ni de minimiser les exploits réalisés par tous ces entrepreneurs qui réussissent et que j’admire. En revanche, je veux dire à quel point nous vivons une époque extraordinaire. Le jeu n’a jamais été aussi ouvert pour entreprendre. L’art de la programmation a recours à des codes et des langages devenus plus simples. Des capacités de stockage massives sont disponibles à un prix raisonnable en quelques clics. La culture de l’open source favorise aussi l’accès à une pléiade d’informations qui étaient jusqu’alors protégées. Pour de multiples raisons, les barrières n’ont jamais été aussi basses. C’est pour cette raison d’ailleurs que Paul Graham, fondateur du célèbre accélérateur américain le Ycombinator, n’investit plus que 120 000 $ dans les startups qu’il incube. Il considère que cette somme est suffisante pour lancer une startup. Et nous allons voir en détail pourquoi.

Avant toute chose, permettez-moi de préciser (rectifier) mon titre  :

Créer une startup, c’est devenu facile. Créer une startup, c’est devenu plus accessible.


Il n’a jamais été aussi peu cher d’entreprendre

Avec le temps, les technologies sont moins chères et  de plus en plus accessibles. Pour les startups, c’est pareil. Il faut de moins en moins d’argent pour lancer une startup. Prenons l’exemple de l’ordinateur.  Au départ, il y a un appareil qui est très cher et fabriqué en petites quantités. Puis un jour, quelqu’un découvre comment le rendre bon marché. Alors, la voie à suivre est tracée pour les autres constructeurs et le jeu de la concurrence fait le reste. Rapidement, les ordinateurs deviennent à la fois moins chers et plus puissants. C’est la loi de Moore. Ce n’est pas une théorie scientifique, mais un ensemble d’observations et de prédictions faites par le cofondateur d’Intel, Gordon Moore, qui dit ceci :

Les startups sont de moins en moins chères à lancer

Ainsi, l’Iphone que nous avons en poche est plus puissant que l’ordinateur  qui a permis le lancement de la fusé Apollo en 1970.

Il arrive la même chose aux startups

Les coûts d’infrastructure fondent comme neige au soleil 

Le témoignage de Joel Kraus, fondateur de la startup Excite dans les 90’s, est tout particulièrement intéressant :

« En 1993, nous devions acheter et continuer à payer pour la maintenance de tout ce dont nous avions besoin pour construire notre environnement : systèmes d’exploitation, compilateurs, serveurs Web, serveurs d’applications, bases de données. Si c’est ça que vous appelez l’infrastructure, alors nous avons payé pour cela […]. Aujourd’hui, l’open source est la norme. Obtenez-le n’importe quand et n’importe où : Linux, Tomcat, Apache, MySQL, etc. Pas de coût de licence, pas de maintenance ». 

Les coûts pour créer son propre site web n’ont plus rien à voir avec ceux d’hier. Grâce à l’open source, c’est devenu quelque chose d’accessible. Dans certains cas, il n’est même plus nécessaire de financer son site pour se lancer. Des startups, plutôt que de développer leur propre infrastructure, font le choix, au moins le temps de valider leur concept, d’utiliser celles qui existent déjà.

C’est le cas notamment du fondateur de Groupon, Andrew Mason. En 2008, il cherche à valider son idée à savoir si des personnes seraient prêtes à payer pour bénéficier de coupons de réduction valables pour des dîners au restaurant, des concerts et autres activités. Pour tester rapidement son idée d’achats groupés, Andrew décide de lancer un simple blog wordpress. Les deals sont ajoutés manuellement par son équipe et les coupons sont envoyés par email, en simple format PDF ! Archaïque mais astucieux, ce moyen permet à l’entrepreneur de valider son idée sans débourser des sommes folles pour développer sa propre infrastrucure.

Marketing et publicité : faire beaucoup plus avec beaucoup moins

En publicité, Il y a un vieil adage qui dit « Je sais que la moitié de mon argent est gaspillée. Le problème c’est qu’on ne sait pas quelle moitié ». Auparavant, il fallait dépenser beaucoup d’argent pour passer à la TV, la radio, ou dans le journal local… pour un impact difficile à mesurer. Dorénavant, avec de l’ingéniosité et quelques outils tels que Google Adwords, ou encore Facebook Ads, il est possible de faire des miracles. Ce qu’a réalisé la startup Bricool en la matière est remarquable.

Bricool c’est un concept de conciergerie du bricolage. Fondée par Candice et Emilie, la plateforme met en lien des personnes qui ont besoin de faire des travaux chez eux et des professionnels (plombiers, peintres, etc.). Pour attirer les utilisateurs, les 2 associées imaginent un plan original : Elles créent leur propre concurrent, mais pas n’importe lequel. Elles créent www.monbeaubricoleur.fr une plateforme qui fait la promesse de vous envoyer un bricoleur beau gosse réparer votre plomberie.

Growth marketing pour les startups

La stratégie fonctionne à merveille, en cinq jours, elles ont récupéré plus de 500 leads correspondant à leur cible et plus de 10 000 pages vues.

Le Search Engine change tout. Mais la vraie révolution est la capacité à atteindre les petits marchés à un prix abordable. Vous pouvez savoir, à moindre frais, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Les géants Google et Facebook permettent à la fois de faire du marketing de niche et du marketing de masse (à condition de pouvoir acheter suffisamment de mots-clés).


Le capital est plus facilement accessible 

Nous venons de le voir, lancer une startup aujourd’hui coûte moins cher qu’hier. Pour autant, ce n’est pas gratuit et dans de nombreux cas il est nécessaire de lever des fonds. Et ce que l’on peut dire c’est que le crédit est devenu beaucoup plus accessible. De nombreux indicateurs nous le prouvent :

  • La BCE pratique le Quantitative Easing depuis 2015 ( techniquement, une injection de liquidités en euros dans l’économie) et les taux de l’EURIBOR — taux d’intérêt interbancaire européen — sont négatifs. Toute cette politique est censée avoir un impact direct au niveau macroéconomique : les banques commerciales sont incitées à prêter.
  • Le rapport Villeroy de Galhau de 2015 explore le financement en profondeur. Dès les premières pages, on peut lire que “(…) En France, les chiffres du crédit bancaire sont globalement bons : + 7 % de croissance cumulée depuis fin 2008 et + 28 % avec les financements de marché ; des taux parmi les plus bas d’Europe”.

Les investisseurs, de meilleurs juges ? 

Pour lever des fonds, il faut convaincre des investisseurs. Cela nécessite donc d’avoir des compétences très spécifiques qui n’ont pas grand chose à voir avec le fait de créer un bon produit qui répond à un besoin de marché. Dans un monde parfait, les investisseurs jugeraient l’entrepreneur sur le second lot de compétences. Malheureusement, ce n’est pas le cas.  La bonne nouvelle c’est que les choses s’améliorent, remarque Paul Graham. Il pense qu’avec le temps, les investisseurs deviennent de meilleurs « juges ». Le nombre de startups ne cesse de croître. Avec le volume, les investisseurs s’améliorent mécaniquement : ils aiguisent leur regard, acquièrent de meilleurs réflexes, bref ils accompagnent mieux les startups.

Les investisseurs prennent les startups dès le berceau

En l’absence d’un produit ou d’un service à montrer, difficile de lever des fonds auprès d’investisseurs. Mais, sans argent, impossible de fabriquer un produit… C’est tout le problème du « chicken-and-egg-problem ». Par conséquent, les projets innovants nécessitent des financements spécifiques pour démarrer : ils ont besoin de capital d’amorçage. Très risquée, les investisseurs ont longtemps délaissé cette  étape. Pour inciter les investisseurs à prendre ce risque, la BPI a lancé le Fonds national d’amorçage en juillet 2011. Le FNA investit dans des fonds d’amorçage pour faire effet levier et stimuler les investissements. Aujourd’hui, les VCs intègrent presque tous des « seed pools » pour capter très en amont les futures pépites.

Avec le crowdfunding, le capital devient une commodité 

Avec le crowdfunding, la permission des investisseurs n’est plus indispensable pour se lancer. Les plateformes permettent de lever des sommes très variées, allant de 4 000 € à plus de 10 000 000 € pour les plus grosses levées d’entre elles (20 M€ est le record sur kickstarter). Mais ce qui me fascine le plus avec le crowdfunding, c’est le bouleversement de la chaîne de valeur qu’il entraîne :

  • Schéma classique de la chaîne de valeur : Idée → financement → production →  Distribution  et Vente. Cette configuration met en perspective l’importance de deux maillons : le financeur et le distributeur. C’est ce qui explique toute la puissance des banquiers (pour le financement) et des Pinault ou Mulliez pour la distribution.
  • Nouveau schéma proposé par le crowdfunding : Idée → vente et financement → Production → Distribution. Et ça change tout. Tester l’intérêt de son produit, comprendre les besoins de ses consommateurs, ajuster ses quantités de production en amont : le crowdfunding réduit la distance entre le créateur et son audience, facilite la compréhension de ses besoins. Un crowdfunding réussi, c’est l’assurance que le produit trouve son audience, ce qui peut ouvrir des portes bien plus grandes et permet de lancer des produits plus innovants sans prendre de risques démesurés.

Urssaf Ventures, vous connaissez ?

« Les chômeurs pourraient essayer de créer leur entreprise au lieu de se borner à toucher les allocations de chômage ! » Ces paroles prononcées par Raymond Barre en 1980 paraissent bien loin aujourd’hui. En effet, cumuler une indemnité chômage tout en créant une entreprise, c’est désormais possible en France. Et c’est unique au monde. Pôle Emploi soutient entre 50 000 et 100 000 demandeurs d’emploi vers la création d’entreprise chaque année. Le demandeur d’emploi peut même obtenir le versement immédiat de son capital indemnités plutôt qu’un versement mensuel, si, par exemple, il a besoin d’un pécule de départ pour commencer son activité. Pole Emploi, premier financeur des startups ? C’est bien possible.


Startup, la chance aux jeunes

Créer une startup nécessite de moins en moins d’argent, ce qui donne mécaniquement  plus de chances aux jeunes, mais encore faut-il qu’on la leur donne. Et c’est quelque chose que les investisseurs ont intégré. Ils savent que pour créer une startup, il est nécessaire d’être curieux et ouvert. Il faut aussi être capable de changer d’univers, d’apporter un regard neuf sur les problèmes… Or les jeunes ont souvent ce regard nouveau. Ils osent poser des questions, bousculer l’ordre établi. En avril 2015, Shasta Ventures, un fonds d’investissement basé dans la Silicon Valley, publie une étude.  Il en ressort que les 3/4 des fondateurs de ces stratups sont des jeunes entrepreneurs qui n’avaient jamais créé de business avant. Mais cela s’explique :

« Ils n’avaient pas de succès à leur palmarès ni de grandes expériences dans leur domaine, mais ils étaient passionnés par leur produit et avaient une vision unique de la manière dont servir leurs clients. Avoir une nouvelle vision est important pour lutter contre cette catégorie de personnes qui ont une expérience de l’industrie mais qui sont souvent limitées par ce qui « n’est pas possible » et le « pourquoi ça ne fonctionnera pas « .

Pour illustrer ce propos, on peut prendre l’exemple de Mark Zuckerberg. Le patron de Facebook a créé sa startup à seulement 19 ans et voici ce qu’il en pense :

« Quand vous êtes jeune, on vous dit souvent que nous n’avez pas l’expérience pour faire les choses, qu’il y a des gens qui ont plus d’expérience que vous, et que vous devriez vous en remettre à eux, les laisser diriger votre entreprise. Mais ça ne prend pas en compte la vision unique de chacun. »


Le savoir est à porté de clics

Il y a peu d’élus chez les startups, et ces élus, à part quelques brillants visionnaires, sont bien souvent issus du même milieu social et des mêmes écoles de commerce malheureusement. Selon une étude de l’Atelier, 93% des entrepreneurs innovants sont diplômés du supérieur. Créer une startup ce n’est donc pas qu’une histoire d’argent, il faut aussi avoir fait des études pour se donner le maximum de chance de réussite. Tanpis pour les autres ?

La bonne nouvelle vient encore une fois du numérique qui rend le savoir plus accessible. Autrefois réservé à l’élite, il est désormais possible de suivre gratuitement les cours de Standford grâce à des plateformes comme Coursera. Cette dernière n’est pas la seule plateforme, il y en a aujourd’hui plusieurs qui proposent des milliers de MOOCS (Udacity, EdX, Openclassroms en France, etc.). Tout le monde peut être autodidacte.  C’est ce qui fait que nous passons d’une société où ce qui avait de la valeur est l’information à une société ou la valeur n’est plus l’information mais la manière dont on la transforme. L’exemple de Julius Yego est très parlant je trouve. Ce Kényan est devenu champion olympique du lancé de javelot en apprenant sur youtube. Cela peut paraître anecdotique mais le phénomène est mondiale et s’observe dans toutes les disciplines. Apprendre à coder, comment fonctionne la blockchaine… Désormais, l’information est à disposition de tous.

Toutes les méthodologies nécessaires pour développer de manière concrète une startup en partant de zéro est disponible sur internet ou dans les livres. Le meilleur programme que je connaisse pour créer sa startup est Koodetat de TheFamily. Il y a également des blogs incontournables comme celui de Steve Blank ou de Paul Graham. Ecouter des entrepreneurs qui ont échoués ou réussis c’est très inspirant et possible grâce aux podcasts startup. Internet permet aussi de créer des communautés d’entraide et des forums spécialement dédiés aux entrepreneurs. Sans oublier les médias spécialisés qui vous donnent accès à un maximum d’informations sur les nouvelles tendances, technologies : Madyness, FrenchWeb, Pressecitron, Rudebaguette.

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